Les Yeux de mes amours

Il est des jours comme ça, je me laisse aller en écoutant Satie.

Tel un personnage de Jean Michel Folon, avec son grand manteau, je flotte dans l’air au gré d’une légère brise.

Je ne touche plus le sol, comme désamarrée mais jamais très loin de cette terre si belle si fragile,  qui m’a donné la vie.

Petite graine de  printemps qui a décidé de croitre , de grandir, puis de donner sens à sa vie. Il m’a fallu du temps et bien des hésitations pour comprendre cela.

Ce soir, je suis comme une petite feuille d’automne , légère.

j’hésite, je virevolte.

Vais- je me poser là où plutôt là?  et  un petit tourbillon à peine visible me relance, je décris une longue arabesque, reprends de la hauteur, et plane à nouveau sur un invisible sentier, sinueux et  si apaisant.

Mon esprit semble comme délesté ,  il vagabonde en mode silence.

En fait je ne suis  ni malheureuse, ni dépressive. J’ai simplement les yeux fermés.

Mon corps est léger, comme cette petite feuille d’automne indécise:

où va t elle se poser?

Que je suis bien.

Je ressens une grande paix.

Le temps semble s’être arrêté.

Portée par ce doux Zéphyr, Je repense à ma vie .

Elle  m’a tout donnée, enfin l’essentiel, l’amour; j’ai aimé, j’ai été aimée.

Que demander de plus!

Longtemps , j’ai aimé soigner mon prochain, parfois probablement, pas aussi bien que je l’aurai souhaité mais enfin j’ai essayé.

Au début riche de  mes certitudes  de jeune diplômée, prise dans le tourbillon d’une vie professionnelle dense, je n’ avais pas conscience de ce que cela signifiait en terme d’engagement humain, mais au fur et à mesure des années les certitudes devenaient plus floues .

Toucher le corps de l’Autre disait un de mes maîtres cela n’a rien de banal…Oh comme il avait raison .

Les coups bien sûr…, je n’ai pas été épargnée mais c’est oubli…, car Il me reste les souvenirs.

Et pour moi, les souvenirs,  ce sont les yeux, ce sont les regards.

Les yeux des bébés si grands, si purs ,

les yeux des enfants que j’aimais asseoir près de moi ou sur mon bureau,

les yeux inquiets des mamans , parfois aussi des  papas,

les yeux des vieillards qui ont vus tant de choses…

et enfin  les yeux de mes Amours.

Les yeux de mon petit monde , ces regards,  sont mon trésor,  tout ce qui restera de ma vie .

J’écoute le silence.

Qu’il est apaisant.

Et puis un jour, Je m’endormirai,

Éole me portera dans ses bras et  m’emmènera avec mes trésors beaucoup plus loin .

Bonsoir mes ami(e)s, vous écouterez bien une gymnopédie  avant de nous quitter.

 

Radegonde.